L'alimentation dans la Grèce antique : Homère et les "mangeurs de pain" | Les céréales

L'alimentation dans la Grèce antique : Homère et les "mangeurs de pain"

Sculpture Homère grèce antique
Sculpture Homère Grèce antique
AdobeStock - octobre 2020

Face aux dieux et aux créatures monstrueuses qui peuplent les récits homériques, les hommes se définissent dans L’Iliade et L’Odyssée comme des cultivateurs de céréales et des « mangeurs de pain » - illustrant l'importance de celui-ci dans l'alimentation en Grèce antique.

Télémaque l’a décidé : il part à la recherche de son père. Neuf ans après la prise de Troie, il n’a aucune nouvelle d’Ulysse. Le héros n’est toujours pas revenu en son royaume, Ithaque. Poussé par la déesse Athéna, le jeune homme prend donc la mer et part rencontrer ceux qui ont combattu aux côtés de son père. Chez le roi Ménélas, à Sparte, Télémaque et son compagnon de route, Pisistrate, arrivent alors qu’un festin se tient. Le souverain les accueillera par ces mots : « Voici le pain : prenez, tous deux ; bon appétit ! Une fois restaurés, vous direz qui vous êtes ! ».

Au cœur de ce banquet se trouve ainsi le pain. Tout comme se trouve, parmi les provisions du fils d’Ulysse, vingt mesures de farine moulue. « Je ne veux que la fleur », avait demandé Télémaque à sa nourrice, au moment du départ. Les céréales occupent ainsi une place centrale dans l'alimentation grecque antique et dans l’Odyssée, poème attribué à Homère, qui vécut probablement au VIIIe siècle avant J.-C.

 

Les céréales au cœur de l’alimentation grecque antique

 

Ces vers sont en cela le reflet de la vie des femmes et hommes de Grèce, où ces mêmes céréales constituent la base de l’alimentation. La farine qu’évoque Télémaque est d’ailleurs l’ingrédient central d’un plat important dans la nourriture grecque antique, la maza. Il s’agit d’une galette confectionnée à partir de farine d’orge grillée à laquelle on adjoint de l’huile, du miel et de l’eau.

A travers les multiples références à l’univers céréalier, le poète nous ouvre une fenêtre sur la vie des champs d’alors. Ainsi, dans L’Iliade, autre poème d’Homère qui relate un épisode de la guerre de Troie, il compare les attaques entre Troyens et Achéens avec les gestes des « moissonneurs, allant de face les uns contre les autres, [qui] poursuivent, dans le champ d’un fermier opulent, leur rangée de froment ou d’orge, et font tomber des brassées d’épis ». Dans L’Odyssée, c’est la transformation des grains qui est évoquée : « Le pasteur du peuple avait en son moulin douze femmes peinant à moudre orges et blés qui font le nerf des hommes ».

 

 Les grains et les pains, symboles d’humanité dans l'alimentation en Grèce antique

 

Mais si elles sont constitutives de la culture grecque et assurent la force vitale aux guerriers, les céréales sont aussi, tout au long des deux œuvres du poète, symbole d’humanité. Le monde des grains et du pain, et avec lui de l’agriculture, est avant tout celui des hommes. Ceux qu’il nomme d’ailleurs, à plusieurs reprises, les « mangeurs de pain ».

Homère les distingue ainsi, au fil de l’épopée, des créatures anthropophages et des dieux. Les humains, eux, cultivent la terre et consomment les céréales qu’ils ont récoltés. Sur l’île des Yeux Ronds, ces « brutes sans foi ni loi », Ulysse ne trouve, au contraire, ni « labours ni semailles », bien que la terre y soit « excellente ». Evoquant l’un d’eux, le Cyclope Polyphème, qui va manger plusieurs de ses compagnons, le héros s’exclame : « Ah ! Le monstre étonnant ! Il n’avait rien d’un bon mangeur de pain, d’un homme ».

 

La joie du retour sur la terre nourricière

 

Beaucoup des mets proposés par les créatures qu’il croise éloignent d’ailleurs les hommes de leur nature profonde, de leur destinée. C’est par exemple le cas de la fleur dont se nourrissent les Lotophages : les équipiers d’Ulysse qui en consomment oublient qu’ils doivent repartir pour rallier Ithaque.

Triomphant par la ruse de multiples épreuves, le héros parviendra finalement à regagner son île. Arrivé à Ithaque, « il connut le bonheur, cet Ulysse divin, relate Homère. Sa terre ! Il en baisait la glèbe [ndlr : terre cultivée] nourricière ». Un retour au foyer qui lui permettra, à nouveau, de vivre parmi les cultivateurs,  les « mangeurs de pain », et, ce faisant, parmi les humains. 

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