Cerealism : les USA nous offrent un grand bol d’art | Les céréales

Cerealism : les USA nous offrent un grand bol d’art

Accueil > Insolite > Cerealism : les USA nous offrent un grand bol d’art

Les céréales du petit-déjeuner n’échappent pas à la tendance qui consiste à accoler un « isme » à un mot du quotidien pour lancer un mouvement artistique. C’est ainsi que les Etats-Unis ont inventé le cerealism. Cette pratique, connue aussi sous le nom de cereal art, consiste à créer des œuvres d’art à base de céréales du petit-déjeuner. La poignée d’artistes qui se livrent à cette activité ne manquent pas d’autodérision. Ni de recul sur le produit le plus vendu dans les grandes surfaces américaines après les sodas et le lait.

A New-York, Sarah Rosado a manifestement oublié d’écouter sa mère quand elle lui a dit de ne pas jouer avec la nourriture. Au lieu de manger ses corn flakes, l’artiste les utilise pour créer des portraits de pop stars, qu’elle détruit après les avoir photographiés. Elle explique au blog culturel UpOut comment elle a eu l’idée de créer ces mandalas comestibles. « L’inspiration m’est venue un matin en mangeant mes céréales tout en écoutant des vieux tubes et du RnB, explique-t-elle. J’ai pensé "la musique n’a jamais été aussi bonne !" A partir de là, j’ai été obsédée par l’idée de créer des images de mes artistes préférés avec des céréales. »

Beyoncé par Sarah RosadoAmy Winehouse par Sarah Rosado

Le petit-déjeuner dure pratiquement toute la journée chez Sarah Rosado. Il lui faut six à huit heures pour réaliser un John Lennon, un Elvis Presley ou une Lady Gaga. La pratique du cerealism est exigeante. « Les corn-flakes doivent être réduits en morceaux minuscules pour parvenir à représenter les yeux, le nez, la bouche. C’est comme un puzzle. Chaque pièce et chaque coin doivent s’emboîter parfaitement. »

A Phoenix, Ernie Button utilise lui-aussi ce medium inhabituel que sont les céréales du petit déjeuner pour créer des paysages. Certaines céréales du petit-déjeuner (à chercher du côté des « riches en fibres »), ont des formes, des couleurs et des textures qui évoquent le désert, confie le photographe au Huffington Post. Ernie Button a donc consacré une décennie à trouver les harmonies les plus justes entre les ciels de l’Arizona et ses pyramides de Cheerios, meules de Shredded Wheat, canyons de French Toast Crunch

Grande pyramide d'Oatmeal Squares, Ernie Button

Pour le photographe, qui a consacré une semaine de sa vie à ériger une « Cheeramide », il ne fait aucun doute que les céréales du petit-déjeuner incitent au jeu. « Les céréales du petit-déjeuner, de simples aliments sont devenus du pur divertissement. Le rayon qui leur est consacré déborde de marshmallows multicolores. Elles ressemblent à des stars qui espèrent qu’on les prenne en photo pour revenir au centre de l’attention. (…) D’aliment, elles sont devenues de la pop culture. Je les trouve fascinantes. Sont-elles de la nourriture, du divertissement ou les deux à la fois ? »

 

 

 

Si Ernie Button a jeté son dévolu sur les grands paysages, Ryan Alexiev, lui, représente les grands de ce monde. Cet artiste et enseignant au California College of the Arts en fait des mosaïques. Icônes du temps présent, Obama, le présenteur télé Larry King et Pamela Anderson ont les honneurs de ses œuvres inspirées de l’imagerie religieuse byzantine. Sous ses dehors sucrés, la série Cereal Mosaics jette un regard acide sur nos sociétés où l’information, le divertissement, le marketing et la politique sont aussi imbriqués que des Froot Loops dans un bol.

Breakfast of champion, Ryna Alexiev, 2009.Sous la surface croustillante et colorée des céréales, la mosaïque représentant Obama demande crûment au public si le président des Etats-Unis est « un messie moderne de la politique ou du marketing ». Pour Ryan Alexiev, les céréales du petit-déjeuner sont un microcosme qui rend compte de notre (cé)réalité. « Avoir un choix illimité au rayon petit déjeuner crée une illusion de liberté qui nous aveugle sur ce qui nous rend vraiment heureux et humain, à savoir les amis, la famille et l’amour. Ironiquement, ceux-ci ne sont pas issus de choix. Quand ils le deviennent (avec les rencontres par internet par exemple), nous courons le risque de voir les personnes comme des produits et d’étendre cette conception à nous-mêmes».

Le cerealism nous mettrait donc en garde contre la marchandisation de l’information, de la culture et des rapports humains ? A méditer, au petit matin, avec un bon bol de céréales…