La IIIe République célèbre l'agriculture dans l'art | Les céréales

La IIIe République célèbre l'agriculture dans l'art

Accueil > Culture > La IIIe République célèbre l'agriculture dans l'art
La Fortune, Luc-Olivier Merson - 1901
La Fortune, Luc-Olivier Merson - 1901

Troisième épisode de notre promenade céréalière au Musée d'Orsay. A la fin du XIXe et début XXe, les artistes célèbrent encore l'agriculture et les agriculteurs, symboles d'une France rurale et laborieuse.

La Paye des moissonneurs, Léon Lhermitte - 1882
La Paye des moissonneurs, de Léon Lhermitte (1882), traduit en peinture la continuité des intentions des artistes et des autorités politiques, qui se rejoignent ici encore, bien après les premiers tableaux de Millet. Ce très grand format naturaliste, acheté par l’Etat dès l’ouverture du Salon annuel, place la scène dans la cour d’une grande ferme picarde, organisée pour recevoir les fruits d’abondantes moissons. La noblesse des figures, qui ne cache pas la fatigue d’un dur labeur, fait de ce tableau un hymne au travail des moissonneurs. Léon Lhermitte donna pendant toute sa carrière l’image d’une France rurale laborieuse loin des bouleversements connus par le milieu urbain. Le succès de ses œuvres auprès de la IIIe République montre à quel point, comme sous le Second Empire, le pays aime se représenter sous les traits d’une campagne attachée à la stabilité et aux valeurs du travail et de la morale familiale.
La Fortune, Luc-Olivier Merson - 1901
Chez Olivier Merson, les rapports complexes et réciproques entre message de confortement politique et croissance du monde rural passe justement par une scène de semailles, figurant sur la toile marouflée intitulée La Fortune (cf image d'illustration de l'article). Cette œuvre de 1901 établit un lien direct entre le travail de préparation et d’ensemencement de la terre, et la présence de la République, symbolisée par la jeune femme observant la scène et semblant la protéger de sa bienveillance. L’angelot qui l’accompagne apporte une victoire et des colombes, signes de bonne fortune, aux valeureux soutiens de la France républicaine.

Avec un souci beaucoup plus social, le sculpteur belge Constantin Meunier souhaite, dès 1885, consacrer son talent à un Monument au travail, composé de figures et de reliefs, ces derniers représentant des activités et sont des métaphores d’éléments naturels. La Moisson, qui symbolise non la terre mais l’air, est, dans la version finale érigée en 1930 longtemps après la mort de l’artiste à Laeken, placée sur la face principale. Les plants de blés, démesurément hauts, semblent écraser de leur poids et de leur mouvement les ouvriers agricoles. Le thème du travail préoccupe d’autres sculpteurs à la suite de Meunier, tels Jules Dalou, Auguste Rodin ou Paul Richer, sans mener à terme les projets de monuments. Le musée d’Orsay possède plusieurs petites terres cuites et des tirages en bronze issus de ces études de Dalou et Richer, souvent réalisées à partir de modèles vus à l’ouvrage. La Porteuse de gerbe, le Rebatteur de faux, Le Faucheur, et d’autres sont autant d’occasion d’étudier le corps en action, et de représenter l’agriculteur céréalier tantôt comme un héros sans faiblesse (iconographie qui aura une abondante descendance dans l’Europe soviétique), tantôt comme un homme aliéné par le travail.

La Moisson, Constantin Meunier - 1895 Rebatteur de faux, Jules Dalou - entre 1838 et 1902 Faucheur, Paul Richer - entre 188 et 1903

 

Cet article est un épisode issus d'un parcours de visite au Musée d'Orsay, qui comprend une sélection d'œuvres pour découvrir les dimensions symboliques, sociales et artistiques incarnées par les céréales et les produits céréaliers dans les tableaux et sculptures, dans les médailles, le mobilier et les objets décoratifs des artistes du XIXe siècle.

>> Retour au sommaire de la visite

Et découvrez les autres visites thématiques au musée du Quai Branly – Jacques Chirac et au musée du Louvre.