Pastis, tourtière, croustade : les faux cousins et la vraie famille du Sud-Ouest | Passion céréales - Les céréales

Pastis, tourtière, croustade : les faux cousins et la vraie famille du Sud-Ouest

© Guélia Pevzner

Pastis gascon, tourtière ou croustade ? Les habitants du Sud-Ouest ne sont pas tous  d’accord quant au nom à donner à ce  gâteau qui est préparé ici depuis le Moyen-Âge. Mais tant que sa pâte transparente croustille et que les pommes qui le garnissent ont ce bon goût de l’armagnac, les disputes se calment. C’est divinement bon, et c’est l’essentiel.

 

Il y a des gâteaux qu’il faut faire en pétrissant la pâte avec tout l’effort que l’on peut y mettre. Et il y a ceux qu’on fait presque en dansant. Dans la pâtisserie « Les délices d'Aliénor » située au cœur du Gers, dans la ville de Gimon, deux femmes tiennent dans leurs mains une sorte de long drap transparent, qu’elles lèvent et descendent encore et encore, en tirant et en pliant, telle une danse avec le châle. Sauf que le « drap » est fait d’une pâte infiniment fine. C’est ainsi qu’on prépare le pastis gascon.

Cette spécialité connue dans le Sud-Ouest français depuis le Moyen Âge n’a rien à voir avec l’alcool anisé. Le pastis tel que l’on le fabrique dans les familles du Gers et du Béarn, est un gâteau sucré composé d'une couche de pommes arrosée d’armagnac et garni sur le dessus de bandes de pâte légère et transparente comme le voile de la mariée.

Seule la finesse de la pâte phyllo pourrait égaler celle du pastis. D’ailleurs, ces deux pâtes  sont de proches cousines : alors que le Sud-ouest a apparemment reçu sa technique culinaire des morisques qui sont passés par la région au Moyen Age, la version salée de l’Afrique du Nord connue sous le nom de pastilla a traversé la Méditerranée après la chute de Grenade en 1492.

« On dirait une rose ! »

Ce que Gimon appelle pastis, Elodie Chauvel de la Ferme des Tuileries dans le Lot-et-Garonne l’appelle la tourtière aux pommes, spécialité ancienne de ce pays des pruneaux. C’est sa mère qui lui a enseigné les gestes qu’elle exécute aujourd’hui. De sa pâte, elle parle comme d’une personne vivante. « Madame est très capricieuse, il suffit que le temps soit un peu trop pluvieux, et elle change, devient compliquée à travailler. Parfois elle me dit qu’elle ne peut plus faire plus fine et me dit de m’arrêter. Mais quand ce n’est pas fin, ça devient cartonné et moins bon », raconte Elodie.

« La tourtière n’a presque pas de gras et très peu de sucre, donc très légère », explique-t-elle en ajoutant que sa grand-mère utilisait une plume d’oie pour graisser la pâte, avec de la graisse d’oie bien sûr. Le beurre l’a remplacée depuis longtemps et Elodie est bien mieux équipée, mais les moules traditionnels de la tourtière, hauts, avec les bords arrondis, ont presque disparu de la région. Elle les a donc fait faire sur commande, en trois tailles.

La tourtière possède sa foire, à Penne-D’Agennais, la manifestation a fêté cette année ses 45 ans. La mère d’Elodie y a été primée plusieurs fois, pour le goût de son gâteau. « Mais vous devez voir le gâteau qui a lui aussi a un prix pour le côté esthétique, on dirait une rose ! »

De Landes à la Méditerranée

Pour Xavier Mazet, patron des Délices d’Aliénor, ce gâteau qui ressemble à une fleur ou à un chapeau de dame des temps anciens, doit impérativement s’appeler pastis. “La tourtière se compose aussi de pommes et de fines feuilles de pâtes, mais sans le volume du pastis gascon », affirme-t-il. Elodie ne serait pas d’accord, et elle n’est pas la seule, la guerre des noms ne date pas d’aujourd’hui et tous les départements voisins sont concernés. Le nom qu’on donne à ce gâteau change de village en village et la recette également. Dans les Landes, on dit « le pastis » mais le gâteau ressemble plutôt à une grosse brioche à la fleur d’oranger ou au citron. Par contre dans deux villages du Gers, on peut goûter le même gâteau mais entendre deux noms : «le pastis » et «la  croustade » qui  est aussi répandue que le premier.

La croustade ?  Nombreux seront les boulangers occitans et catalans qui rétorqueront : «Elle ne ressemble en rien à ce gâteau décoré de bandes de pâte ! » Effectivement, ce dessert ancien salé ou sucré tient son nom appétissant de la croûte faite en pâte feuilletée, brisée et même en mie de pain formée en une timbale qu’on remplit de garniture. Telle est notamment la recette codifiée par Marie-Antoine Carême qui cuisinait la croustade en mie de pain mise en forme et recuite au four. Et si on va en Avignon, on trouvera une croustade… salée ! Alors comment appeler ce gâteau aux multiple visages ?  Demandez à celle ou celui qui vous le préparera. Tant qu’on se régale !

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